Les animaux ont toujours occupé une place immense dans ma vie. Depuis toute petite, je me passionne pour eux, mais aussi pour la reproduction et la sélection. Lapins, cochons d’Inde, souris, rats… bien avant de connaître le monde de l’élevage canin, j’étais déjà fascinée par la transmission des caractères et les générations qui se succèdent.
Plus tard, je me suis également engagée auprès d’associations de protection animale et j’ai participé à plusieurs sauvetages de chiens et de chats. Tous les chiens qui avaient partagé ma vie jusque-là étaient d’ailleurs des croisés ou des chiens sans pedigree, recueillis dans la rue ou issus d’associations. Le chien de race était encore un univers que je ne connaissais absolument pas.
Ma race de cœur était alors le Malinois. J’aimais son intelligence hors norme, sa sensibilité, sa capacité d’apprentissage et cette proximité incroyable avec l’humain. Pour moi, c’était presque le chien parfait… à un détail près : sa taille.
Lorsque je suis partie faire mes études et vivre en studio, il m’était inconcevable de vivre sans chien. Mais cette fois, il me fallait un compagnon beaucoup plus petit.
Je voulais un petit chien… mais un vrai chien
Autant être honnête : j’avais énormément d’a priori sur les petits chiens. Dans mon esprit, c’étaient des chiens pantouflards, aboyeurs, parfois craintifs, très loin du tempérament que j’aimais chez le Malinois.
Je voulais exactement l’inverse : un vrai chien dans un petit corps. Un chien intelligent, sportif, capable de me suivre en randonnée, d’apprendre, de partager mes activités et, pourquoi pas, de pratiquer l’agility.
En 2017, je commence donc mes recherches. Ce devait être mon premier chien de race et, après avoir étudié différentes possibilités, mon choix s’oriente vers l’Épagneul Papillon. Sur le papier, il correspond parfaitement à ce que je recherche : petit, vif, sportif et intelligent.
À l’époque, je ne connais ni les sites spécialisés ni vraiment le monde de l’élevage canin. Alors je fais ce qui me semble le plus évident : je tape « Épagneul Papillon » sur Le Bon Coin.
Et c’est là que tout bascule.
Je cherchais un Papillon… j’ai trouvé le Russkiy Toy
Parmi les résultats apparaît la photo d’un petit chien qui ne ressemble pas tout à fait à ce que je cherchais. Par chance, l’éleveuse avait ajouté « Épagneul Papillon » dans les mots-clés de son annonce, ce qui l’avait fait apparaître dans ma recherche.
Je clique et découvre une race dont je n’avais encore jamais entendu parler : le Russkiy Toy.
J’appelle l’éleveuse, Jacqueline Mourier Chaillou, de l’élevage Divine Manoune. Nous passons plus de deux heures au téléphone. Elle me parle avec passion de cette petite race encore très confidentielle et, parmi les chiots de la portée, l’un d’eux m’a déjà tapé dans l’œil.
Il s’appelle Nouka.
Ironie de l’histoire : moi qui cherchais une femelle Papillon plutôt grande et sportive, je craque finalement pour un mâle Russkiy Toy, et le plus petit de sa portée.
Comme quoi, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis.
Nouka, le chien qui a tout changé
En octobre 2017, je pars chercher Nouka.
Je me souviens encore de ma réaction en découvrant réellement sa taille : « Mais qu’est-ce que j’ai fait ? »
Je passais d’un Malinois d’environ 38 kg à un chiot d’à peine 1 kg. Même le harnais pour chaton que j’avais acheté était trop grand !
Et pourtant, Nouka a très rapidement balayé tous les préjugés que je pouvais avoir sur les petits chiens.
Il était drôle, gentil, joueur, proche de moi et plein de personnalité. Il pouvait me suivre, apprendre, partager mes activités et être un chien à part entière malgré son tout petit gabarit. Il était exactement ce que j’étais venue chercher sans même savoir que cette race existait : un vrai chien dans un petit corps.
Nouka est devenu bien plus que mon premier Russkiy Toy. Il est à l’origine de toute l’histoire qui a suivi.
Son surnom était Nouknouk. Lorsque le moment est venu de choisir mon affixe, le nom s’est donc imposé comme une évidence : « de la Nouknoukerie ».
Tout est parti de lui.
Des premières expositions à l’envie d’apprendre
Avec Nouka, je découvre également le monde des expositions canines. Il ne deviendra pas le grand chien d’exposition que j’aurais pu imaginer, mais finalement, ce n’est pas ce qu’il m’aura apporté de plus important.
Les expositions me permettent surtout de rencontrer des personnes qui vont énormément compter dans mon parcours.
Parmi elles, Patricia, de l’élevage Du Domaine de la Sarronnaise, qui m’accompagne pas à pas dans cette aventure. Elle devient un véritable mentor et un appui précieux, dans les bons moments comme dans les situations plus difficiles. Grâce à elle, j’apprends énormément sur ce métier-passion qui ne s’improvise pas.
Jacqueline, l’éleveuse de Nouka, est elle aussi devenue au fil des années une personne très chère à mon cœur. Aujourd’hui encore, nous échangeons et travaillons main dans la main, dans les hauts comme dans les bas.
Ayant pris goût aux expositions et souhaitant poursuivre l’aventure, j’accueille ensuite ma première femelle venue de l’étranger. Elle ne sera pas non plus une grande chienne d’exposition, mais je continue d’apprendre, de rencontrer d’autres passionnés et, progressivement, une nouvelle idée fait son chemin : faire naître ma première portée.
17 novembre 2021 : ma première portée
Le parcours sera beaucoup plus long que je ne l’imaginais. Plusieurs tentatives de saillies seront nécessaires avant d’obtenir enfin une gestation. J’ai alors découvert qu’organiser un mariage extérieur et obtenir une portée est parfois bien loin de la simplicité que l’on imagine de l’extérieur.
Finalement, le 17 novembre 2021, la veille de mon anniversaire, ma première portée voit le jour.
À cette époque, je pense sincèrement ne faire qu’une seule portée.
Je me trompais.
J’ai adoré cette première expérience. Mais surtout, elle a déclenché quelque chose de nouveau : l’envie de comprendre.
De l’élevage à la passion pour la sélection
Je commence alors à me former davantage, à étudier les pedigrees, les lignées, la génétique, la santé et la morphologie. Pourquoi associer tel chien à tel autre ? Que souhaite-t-on conserver ? Que peut-on essayer d’améliorer ? Quels risques peut-on anticiper ? Comment préserver suffisamment de diversité dans une race aussi rare ?
La reproduction qui me fascinait déjà enfant prend alors une tout autre dimension : la sélection devient une passion à part entière.
En 2022, alors que je vis encore en Île-de-France, j’importe mes premiers chiens de Russie. Au fil des années, d’autres lignées viendront notamment de Lettonie, de Biélorussie, de Pologne et d’Italie.
L’élevage prenant progressivement davantage de place dans ma vie, je décide finalement de quitter la région parisienne pour m’installer dans le Loir-et-Cher et offrir davantage d’espace à mes chiens.
Je quitte également mon poste de cadre bancaire.
Sur le papier, le changement est immense. Avec le recul, c’est pourtant l’un des meilleurs choix que j’ai fait.
Une passion qui doit rester libre de ses choix
J’ai toujours tenu à une chose : ne pas dépendre financièrement de l’élevage pour vivre.
En parallèle de La Nouknoukerie, j’ai donc développé une activité professionnelle indépendante. Ce choix me permet de conserver une liberté essentielle à mes yeux : ne jamais devoir prendre une décision d’élevage pour une raison financière.
Pouvoir renoncer à un mariage, retirer un chien de la reproduction, engager des examens supplémentaires, chercher une nouvelle lignée à l’étranger ou simplement décider qu’une chienne n’aura pas de portée doit rester possible sans que mes revenus personnels dépendent de cette décision.
L’élevage est avant tout une passion et une grande partie de ce qu’il génère est réinvestie dans les chiens : suivi vétérinaire, dépistages, génétique, expositions, déplacements, nouvelles lignées, installations et projets de recherche autour de la race.
Cette indépendance fait pleinement partie de ma façon d’élever.
Ma façon de sélectionner a évolué
Lorsque j’ai commencé, comme beaucoup de passionnés, je rêvais avant tout des plus beaux chiens : de magnifiques petites têtes, de grandes oreilles bien droites, des Russkiy Toys capables de briller en exposition.
Et bien sûr, j’aime toujours un beau Russkiy Toy. La morphologie et le respect du standard restent essentiels dans un véritable travail de sélection.
Mais avec les années, mes priorités ont évolué.
Aujourd’hui, la santé, la construction et le caractère passent avant tout.
Le Russkiy Toy est une race encore jeune et rare. Il reste énormément de choses à travailler et nous ne pouvons pas tout améliorer en une génération. Chaque mariage implique des choix, des priorités et parfois des compromis.
Je ne cherche donc pas à produire un hypothétique « chien parfait ». J’essaie, portée après portée, d’aller dans la bonne direction.
Nouka, encore une fois
Nouka nous a malheureusement quittés beaucoup trop tôt.
Je pense forcément que cette épreuve explique en partie la place qu’occupe aujourd’hui la santé dans mon travail de sélection. Personne ne devrait avoir à perdre son compagnon de vie si jeune.
Mais l’élevage apprend aussi l’humilité. Nous travaillons avec du vivant. Aucun test génétique, aucun pedigree, aucun examen vétérinaire et aucun éleveur ne pourra jamais tout prévoir ou tout garantir.
Notre responsabilité est donc de faire tout ce qui est raisonnablement possible : chercher, tester, observer, comprendre et utiliser les informations dont nous disposons pour prendre les décisions les plus réfléchies possible.
C’est cette conviction qui m’a progressivement amenée à approfondir les dépistages de santé, la génétique, les pedigrees, la consanguinité génomique et la recherche de nouvelles lignées.
Finalement, même plusieurs années après son départ, Nouka continue d’influencer profondément La Nouknoukerie.
Aujourd’hui, une aventure à deux
Aujourd’hui, je partage pleinement cette aventure avec mon mari, Raphaël, qui m’épaule au quotidien et est lui aussi devenu passionné par nos chiens et par la race.
Et une nouvelle page est déjà en train de s’écrire.
Nous avons trouvé un corps de ferme avec plus d’un hectare de terrain, qui doit nous permettre de développer encore notre projet et de créer progressivement un environnement pensé pour les chiens, les chiots et notre travail de sélection.
Beaucoup de travaux nous attendent, mais une chose ne changera pas : La Nouknoukerie restera un élevage à taille familiale, dans lequel nos chiens font partie de notre quotidien.
Nous avons énormément d’idées pour la suite, et nous avons hâte de pouvoir vous faire découvrir ce nouveau projet.
Et demain ?
Mon ambition reste finalement assez simple : continuer à apprendre.
Continuer à étudier la génétique et les lignées, à chercher de nouveaux reproducteurs, à remettre en question certains choix et à faire évoluer notre sélection au fur et à mesure de ce que nous apprenons.
Et surtout, contribuer, à notre échelle, à l’amélioration, au développement et à la reconnaissance du Russkiy Toy en France.
Parce qu’après toutes ces années, je reste convaincue de la même chose qu’en découvrant Nouka presque par hasard en 2017 : le Russkiy Toy est une race exceptionnelle, qui n’a rien à envier aux autres petites races.
Et l’histoire de La Nouknoukerie ne fait que continuer.