Tamara, Russkiy Toy fauve charbonné, en pose de présentation au jardin

Recherche & histoire de la race

Le Russkiy Toy n’a pas le passé qu’on lui invente

Petit prince des salons tsaristes, chien des grandes-duchesses, lignée aristocratique millénaire ? La vraie histoire du Russkiy Toy est plus courte, plus fragile, et à mon sens bien plus attachante. On démêle le vrai du légendaire.

On présente souvent le Russkiy Toy comme un petit prince des salons tsaristes, le chien préféré des grandes-duchesses, héritier d’une lignée aristocratique vieille de plusieurs siècles. C’est joli, mais ce n’est pas tout à fait vrai. La véritable histoire de la race est plus courte, plus fragile et, à mon sens, bien plus intéressante : celle de petits terriers autrefois très appréciés en Russie, presque disparus après la révolution, puis d’un travail de sélection entrepris dans les années 1950 qui donnera naissance au Russkiy Toy moderne. Et c’est justement cette histoire-là qui donne tout son sens à notre façon d’élever aujourd’hui.

Aux origines : des petits terriers anglais, pas des chiens de salon

Commençons par déminer un premier cliché. Les origines du Russkiy Toy remontent aux petits terriers anglais importés en Russie au XIXᵉ siècle. Ces chiens appartenaient à une tradition de petits terriers développés en Grande-Bretagne, notamment pour la chasse aux rats et autres nuisibles, bien loin de l’image du simple chien de salon. La délicatesse du Russkiy Toy moderne est donc un aboutissement, pas un point de départ : sous ses airs de miniature, il reste un vrai chien, vif et avec du caractère.

L’English Toy Terrier (Black and Tan), auquel l’histoire du Russkiy Toy est étroitement liée, ne reçoit d’ailleurs cette appellation officielle qu’en 1960. Parler de petits terriers anglais est donc historiquement plus juste que de présenter l’English Toy Terrier actuel comme l’ancêtre direct et parfaitement identifié du Russkiy Toy.

La Russie tsariste : à la mode dans les salons

Là, la légende rejoint la réalité, et c’est tant mieux. À la fin du XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle, les petits terriers anglais étaient réellement appréciés dans la Russie impériale, notamment comme chiens d’agrément auprès des classes aisées. Leur petite taille, leur élégance et leur tempérament vif en faisaient des compagnons à la mode dans les salons de l’époque.

Les catalogues d’exposition témoignent aussi de leur présence : en mai 1907, à Saint-Pétersbourg, onze toy-terriers auraient ainsi été présentés parmi quarante-six chiens d’agrément. La cynophilie russe était alors encore jeune : la première exposition canine russe est traditionnellement datée du 26 décembre 1874, au Manège de Moscou. Voilà le véritable décor : des petits terriers anglais devenus des chiens de compagnie appréciés en Russie, bien avant l’apparition du Russkiy Toy moderne.

Lizetta, Anastasia : ce que l’Histoire dit vraiment

C’est ici que je préfère être franche, car beaucoup d’idées reçues circulent, souvent recopiées d’une fiche à l’autre. Prenons-les une à une, sans mépris pour personne : ce sont de jolies histoires, elles méritent simplement d’être remises à leur place.

  • « Lizetta, la chienne de Pierre le Grand. » Cette petite chienne a bel et bien existé : elle est naturalisée et conservée au Musée zoologique de Saint-Pétersbourg. L’objet de musée est donc bien réel. Mais en faire un ancêtre du Russkiy Toy est un raccourci historique : Lizetta vivait au début du XVIIIᵉ siècle, bien avant le développement des petits terriers anglais auxquels l’histoire du Russkiy Toy sera ensuite liée, et plus de deux siècles avant l’apparition du Russkiy Toy moderne. Une jolie anecdote de musée, pas une grand-mère.
  • « Le chien préféré de la grande-duchesse Anastasia. » Là encore, la légende résiste mal aux sources historiques. Les chiens associés à Anastasia dans les témoignages et documents consacrés à la famille Romanov ne permettent pas d’établir qu’elle possédait un ancêtre du Russkiy Toy. Surtout, le Russkiy Toy tel que nous le connaissons aujourd’hui n’existait pas encore : son développement moderne ne commence que dans les années 1950.
  • « Une lignée aristocratique documentée depuis des siècles. » C’est probablement le raccourci le plus trompeur. Oui, de petits terriers anglais étaient appréciés dans la Russie impériale. Non, cela ne constitue pas une généalogie continue reliant les chiens des salons tsaristes aux Russkiy Toys actuels. Aucune lignée aristocratique ininterrompue sur plusieurs siècles n’est documentée.

On lit également que le Russkiy Toy « descendrait du Ratier de Prague ». Là encore, mieux vaut distinguer ressemblance et filiation : aucune origine documentée de la race ne permet d’établir cette ascendance. Les sources historiques sur lesquelles repose l’histoire officielle du Russkiy Toy renvoient aux petits toy-terriers présents en Russie avant la révolution, puis au travail de sélection soviétique entrepris à partir des années 1950.

La quasi-disparition (1920-1950)

Voici le creux de l’histoire, celui qu’on oublie souvent de raconter. Après la révolution russe, l’élevage des petits toy-terriers présents dans le pays décline fortement. Entre les années 1920 et 1950, les effectifs deviennent très faibles et les chiens encore présents sont souvent dépourvus de pedigree complet.

Les chroniques consacrées à la race illustrent bien ce déclin : en 1947, à Leningrad, un seul toy-terrier aurait été présenté en exposition, contre onze à Saint-Pétersbourg quarante ans plus tôt. Les petits terriers autrefois appréciés dans la Russie impériale sont alors proches de disparaître du paysage cynophile soviétique.

C’est à partir de cette population devenue très réduite que commencera, quelques années plus tard, le travail de sélection qui conduira progressivement au Russkiy Toy moderne.

Le développement soviétique : vers une race nouvelle

C’est le moment que je trouve le plus fort, et le plus honnête. Au milieu des années 1950, des cynologues et éleveurs soviétiques entreprennent de développer une population de petits chiens de type toy à partir des sujets encore présents dans le pays. Beaucoup n’ont pas de pedigree complet et leurs origines ne sont pas toujours connues. Coupés des élevages occidentaux, les sélectionneurs soviétiques travaillent avec les chiens dont ils disposent et fixent progressivement un type différent de celui des petits terriers anglais. C’est de ce travail de sélection que naîtra le Russkiy Toy moderne.

Une date marque particulièrement cette histoire : le 12 octobre 1958, à Moscou, naît un mâle présentant de longues franges aux oreilles et aux membres, à l’origine du développement de la variété à poil long. Selon les chroniques de la race, ce chien s’appelait Chikki. Petit détail de rigueur, et j’aime bien le souligner : certaines sources russes mentionnent 1957, mais le standard officiel de la FCI retient bien 1958.

Une personne, enfin, mérite d’être nommée : l’éleveuse moscovite E. F. Zharova (Ievguénia Fominitchna Jarova) a joué un rôle déterminant dans la création et la fixation de la variété à poil long. Son rôle est d’ailleurs explicitement mentionné dans le standard FCI de la race.

Un détail me tient particulièrement à cœur : le premier standard de la variété à poil long admettait des chiens allant jusqu’à 30 cm au garrot. Un rappel intéressant aujourd’hui, alors que le très petit gabarit est parfois recherché comme une qualité en soi : l’histoire du Russkiy Toy ne s’est pas construite autour d’une course au chien toujours plus petit.

Je préfère un chien qui dépasse légèrement le poids du standard, mais qui est robuste et en bonne santé, à un chien de 1,5 kg dont la petite taille aurait été privilégiée au détriment de sa robustesse
La Nouknoukerie notre doctrine de sélection

De la race soviétique au Russkiy Toy mondial

La reconnaissance internationale, elle, est toute récente. En 2006, lors de sa reconnaissance provisoire par la Fédération Cynologique Internationale (FCI), la race abandonne le mot « terrier » et prend officiellement le nom de Russkiy Toy. Elle rejoint alors le groupe 9 des chiens d’agrément et de compagnie, et non celui des terriers

La FCI reconnaît provisoirement la race le 21 février 2006, puis définitivement le 7 novembre 2017, lors de son Assemblée générale à Leipzig. Le Russkiy Toy porte le standard FCI n° 352 et appartient au groupe 9, section 9 « Épagneul nain continental et Petit chien russe ». Deux variétés sont reconnues : le poil lisse et le poil long.

La reconnaissance s’est poursuivie ailleurs dans le monde. Aux États-Unis, l’American Kennel Club reconnaît pleinement le Russkiy Toy le 1er janvier 2022. Avec le Mudi, son arrivée porte alors à 199 le nombre de races reconnues par l’AKC. Une reconnaissance internationale récente pour une race dont l’histoire officielle est finalement beaucoup plus jeune que les récits qui l’entourent.

L’arrivée en France : le Petit chien russe et le LOF

En France, le Russkiy Toy porte un nom officiel : le Petit chien russe. La race est représentée par le CFENCRT, le Club Français de l’Épagneul Nain Continental et du Russkiy Toy, affilié à la Société Centrale Canine. C’est notre club de race, dont nous suivons la charte.

En France aussi, son histoire est récente. En 2007, seulement 13 Petits chiens russes étaient inscrits au Livre des Origines Français (LOF), selon les statistiques de la Centrale Canine. En 2025, ils étaient 144. La race a donc progressé, mais reste extrêmement rare : cette même année, 2 898 Chihuahuas ont été inscrits au LOF, soit un peu plus de vingt fois plus.

Près de vingt ans après sa reconnaissance par la FCI, le Russkiy Toy reste donc une race extrêmement confidentielle dans le paysage cynophile français, loin des effectifs des petites races de compagnie les plus répandues.

Ce que cette histoire change pour un éleveur sérieux

Si nous racontons tout cela, ce n’est pas seulement pour le plaisir de l’anecdote. Le Russkiy Toy moderne s’est développé à partir d’un effectif relativement restreint, composé notamment de chiens dont les origines n’étaient pas toujours entièrement documentées. Cette histoire nous incite aujourd’hui à porter une attention particulière à la diversité génétique et au choix de chaque mariage.

C’est pourquoi tous nos reproducteurs sont testés génétiquement et que nous suivons notamment leur coefficient de consanguinité génomique (COI), en complément de l’étude des pedigrees. Notre objectif est de rester sous 15 % lorsque cela est possible, tout en gardant à l’esprit qu’un chiffre ne peut jamais être le seul critère d’un mariage : santé, morphologie, caractère, complémentarité des reproducteurs et diversité des lignées entrent également en compte.

Nous recherchons régulièrement de nouvelles lignées à l’étranger, notamment dans les pays où la race est historiquement bien implantée, afin de diversifier autant que possible les origines présentes dans notre élevage. L’histoire du Russkiy Toy n’est donc pas seulement un décor : elle influence directement notre manière de sélectionner aujourd’hui et notre volonté de préserver une race encore extrêmement rare.

Les questions que l’on nous pose souvent

Le Russkiy Toy est-il une race ancienne ?

Non, le Russkiy Toy tel que nous le connaissons aujourd’hui est une race relativement récente. Ses origines remontent aux petits terriers anglais présents en Russie dès le XIXᵉ siècle, mais son développement moderne débute en Union soviétique dans les années 1950. La race est reconnue provisoirement par la FCI en 2006, puis définitivement en 2017. Les récits présentant le Russkiy Toy comme une race aux « lignées millénaires » ne correspondent donc pas à son histoire documentée.

Descend-il vraiment des chiens de l’aristocratie russe ?

Le petit terrier anglais était effectivement à la mode dans les salons russes du début du XX-ème siècle. Mais la race a été reconstruite après-guerre sur des chiens souvent sans pedigree : il n’existe pas de lignée aristocratique documentée. C’est une jolie image, pas une généalogie.

Pourquoi ne l’appelle-t-on plus « terrier » ?

Lors de sa reconnaissance provisoire par la FCI en 2006, le mot « terrier » a été retiré du nom officiel de la race. Aujourd’hui appelé Russkiy Toy (Petit chien russe dans la nomenclature française), il est classé dans le groupe 9 des chiens d’agrément et de compagnie, aux côtés de l’Épagneul nain continental, et non dans le groupe des terriers. La race a ensuite été reconnue définitivement par la FCI en 2017.

En résumé

  • Les origines du Russkiy Toy remontent aux petits terriers anglais, très appréciés dans la Russie tsariste au XIXᵉ siècle.
  • Ces petits chiens étaient à la mode dans l’aristocratie russe, mais les histoires de Lizetta et Anastasia relèvent de la légende et ne constituent pas une filiation documentée.
  • Entre les années 1920 et 1950, ces petits chiens ont presque disparu de Russie.
  • Le développement du Russkiy Toy moderne reprend dans les années 1950, à partir d’un effectif réduit et de nombreux chiens sans pedigree complet ; la variété à poil long apparaît en 1958.
  • La race obtient une reconnaissance provisoire par la FCI en 2006, puis une reconnaissance définitive en 2017. En France, elle reste rare et figure dans la nomenclature officielle sous le nom de Petit chien russe.

Faites connaissance avec nos chiens

Nos chiens réunissent des lignées venues de différents horizons et plusieurs générations issues de notre propre sélection. Découvrez-les individuellement, leur histoire et leur caractère, ou partez à la découverte du Russkiy Toy pour mieux connaître cette race qui nous passionne.

Et si c’était le bon moment ?

Découvrez nos chiots

Portées en cours, chiots à venir et liste d’attente : tout est réuni sur une seule page.

Page mise à jour le